30 ans de hold-up
Dans le contexte géopolitique actuel, la souveraineté numérique européenne est revenue dans l'actualité.
Je m'en réjouis, mais je reste assez sceptique sur les volontés de changer quelque chose, en particulier pour tout ce qui concerne le numérique.
Pour le grand public, c'est compliqué. Il y a une forme d'inculture qui empêche de voir la logique de la chose. Les gens refusent facilement de manger des OGM américains mais ils continuent d'utiliser Microsoft Windows.
Mais, même dans le monde des professionnels des services logiciels, quand on exprime des idées telles que "il faut arrêter notre dépendance à AWS, Azure ou GCP", on passe pour un illuminé. Des personnes dont c'est pourtant le métier semblent ne pas comprendre les implications de leurs choix.
Et, le plus triste, c'est que ça dure depuis longtemps.
En 1998, Roberto di Cosmo et Dominique Nora écrivaient "Le hold-up planétaire", sous-titré "La face cachée de Microsoft". A l'époque, on ne parle pas que de Microsoft car personne d'autre n'occupe de position dominante mais les risques sont déjà identifiés. Et, aurjourd'hui, ils vont bien au delà de Microsoft.
Cet ouvrage va à rebours de la mythologie véhiculée par le marketing génial de Microsoft. Il met en garde contre les ambitions démesurées de ce Big Brother : le contrôle total sur toute forme de transmission et de traitement de l'information, aussi bien dans l'éducation que les transactions bancaires, les actuels et futurs medias et jusque dans l'intimité de notre vie privée.
Le livre n'est plus édité mais il est disponible en ligne.
Aujourd'hui, beaucoup de gens alertent sur les dangers de l'IA, qu'ils soient écologiques, énergétiques ou sociaux mais, bizarrement, la dépendance au cloud n'est que très peu questionnée. L'IA n'est pourtant qu'un outil de plus qui agit comme un accélérateur et les plus gros bénéficiaires actuels sont les entreprises qui maitrisent le cloud.
Je ne vois pas comment faire changer les mentalités. A titre personnel, j'ai un NAS pour éviter de stocker des données personnelles ailleurs que chez moi. J'utilise un hébergeur européen pour mes emails et pour les quelques services qu'il m'arrive de mettre en ligne. Je n'utilise que des OS GNU/Linux sur mes machines.
Quand on fait ces choix pour soi même, ce n'est pas très compliqué de réduire sa dépendance. Je dis réduire car il y a toujours des aspects où les alternatives manquent. Par exemple, mon téléphone est un Google Pixel.
Mais, quand on n'est pas le seul impliqué, c'est tout de suite plus difficile. C'est difficile de pousser ces idées dans le monde professionnel. C'est difficile aussi dans le monde associatif. Et, pour tout dire, même dans mon foyer je ne suis pas parvenu à éradiquer Windows.